Entre deux eaux

Ma première résolution de cette nouvelle année est d’élucider le mystère de ma grand-mère. C’est la première fois que je commence une année sans elle. Elle qui est pourtant si présente dans ma vie. Elle qui me joue un tour. Un tour de passe-passe depuis l’autre monde. Ou alors c’est mon esprit qui se joue de moi. Mais cela je n’y crois pas un seul instant.

Je suis donc bien décidée aujourd’hui pour aller faire un tour chez elle et trouver ce que je cherche, c’est-à-dire le fameux journal qui m’en dira plus sur cette relation mystérieuse qu’elle veut que je découvre. Le seul problème c’est que ma grand-mère n’est plus. Comment peut-elle vouloir quelque chose alors ?

Je chassais cette idée de mon esprit, je devais prendre les choses comme elles venaient. Un peu comme cette soirée à danser avec un quasi inconnu. Je passais devant mon bureau et remarqua l’adresse l’email. Ma deuxième résolution serait-elle de rester en contact avec lui ? Je décidai que oui et lui envoyais un message très simple, très court, le remerciant de la merveilleuse soirée que j’avais passée avec lui.

Ceci fait, je prenais des sacs poubelles, quelques cartons car je devais aussi vider la maison en plus de l’explorer. Je devais être opérationnelle, ne pas être juste là pour trouver le journal. Il y avait tant à faire. Mais je devais agir de façon rationnelle, et ne pas me laisser guider par un quelconque signe venu de je ne sais où.

Arrivée devant chez elle, je relevais le courrier. La boite débordait de factures et de prospectus, ainsi qu’un avis de la Poste pour une lettre à aller chercher. Je déposais le tout sur la table du salon, je m’en occuperai plus tard. Mon regard parcourait la pièce, les escaliers, le couloir je ne savais pas par où commencer. Lorsque mes yeux se posèrent sur un objet. Alors je pris une drôle d’option, celle de faire vivre cette demeure encore un peu. Je pris un vieux vinyle de ma grand-mère et le posa sur la platine. Barbara Streisand emplie la maison de sa voix magique.

Comme je désirais rester à écouter, j’entamais mon ménage ici dans le salon. Il y avait un grand buffet rustique, plutôt un vaisselier. Elles étaient belles ces vielles assiettes en porcelaine que ma Grand-mère exhibaient fièrement. Elles avaient maintenant une jolie couche de poussière. Je les enveloppais de papier journal avant de les poser dans un carton. Avec une partie du contenu de la partie basse du vaisselier, je pus le remplir et le fermer. J’achevais là le premier d’une très longue série de boites !

Le pire est que je ne savais pas du tout ce que j’allais ensuite en faire. Je n’avais pas le cœur à vendre ses affaires. Trois cartons et un sac poubelle vinrent à bout du vaisselier. Je regardais la pièce et je pris la décision de mettre contre le mur chaque meuble que j’aurai vidé, histoire d’y voir plus clair.

Il me fut aisé de pousser le vieux vaisselier dans le coin malgré qu’il n’ait pas bougé de cette place depuis des années. Je me souvins qu’avant il était dans la cuisine, avant qu’elle ne la refasse complètement. Alors, je vis une feuille pliée en deux virevolter tombant doucement à mes pieds. Je prenais le papier avec beaucoup de précaution et m’installai dans son fauteuil.

Lorsque je l’ouvris des paillettes tombèrent sur mes genoux.

« A vous,

Dans votre dernière lettre c’était facilement compréhensible que je ne vous verrais pas à la soirée du Nouvel An. Mais j’ai espéré, en vain. Une nouvelle fois vous me demandez d’attendre, m’encourageant même à vous écrire, donc soit.

Je ne sais pas ce que j’attends ou ce que vous attendez de moi. J’aimerai tellement savoir.

Je me retrouve un peu dans cette position stupide, vous savez ‘entre deux eaux’, vais-je me noyer ou ressortir la tête de l’eau. Parfois je me noie déjà, perdant l’espoir. Cet espoir renaissant à chaque lettre reçue. Suis-je si stupide de croire ? De croire en quelque chose que je ne connais pas ? Alors me reviennent vos mots et je souris.

Mais mon cœur s’essouffle, manque d’air. Il est temps de refaire surface maintenant. N’ai-je pas démontré que j’étais patiente, patiente de vous.

Oh bien sur vous ne verrez jamais ces lettres, cette correspondance à moi-même me permettant de me souvenir.

Je sais que j’ai raison. Nous sommes le 5 janvier 1977 « 

J’étais de nouveau pensive avec cette découverte. Elle jouait avec moi, je me mis à regarder vers le ciel, interrogative et me surpris à crier un grand ‘quoi ?’, espérant une réponse qui ne viendrait jamais. Cette nouvelle page me coupa net dans mon élan de rangement. Je fermai les yeux essayant de comprendre, essayant d’être rationnelle. Je sentis un courant d’air parcourir ma chevelure, je me retournais mais bien sur il n’y avait personne, je remarquai mon élastique qui tenait mes cheveux quelques secondes auparavant au sol.

Elle n’avait jamais aimé que j’attache mes cheveux….

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2 réflexions sur “Entre deux eaux

  1. maryvonne roussey

    bjr c’est tres beau ce recit

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    ========================================

    Message du : 05/01/2014 17:16

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